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Magritte / Carte Blanche dans le Vif

Hors Champ se réjouit de ce week-end de fête du cinéma belge, et se prend à rêver qu’elle reçoit un Magritte!  Notre carte blanche est publiée par Focus / Le Vif : http://focus.levif.be/culture/cinema/carte-blanche-comment-se-porte-vraiment-le-cinema-belge/article-opinion-608765.html

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Comment se porte vraiment le cinéma belge ?

Le samedi 4 février prochain aura lieu la 7e cérémonie des Magritte du Cinéma, cette joyeuse fête strass et paillettes du cinéma belge.

Chez Hors Champ, association des métiers du cinéma et de l’audiovisuel (www.horschamp-asbl.be), nous avons imaginé remporter un prix spécial pour notre engagement en faveur de meilleures conditions de travail. Voici notre discours…en avant-première :

« Merci, merci beaucoup… Je remercie mes parents, mon poisson rouge, l’État belge qui m’a permis de me former aux métiers du cinéma. Je remercie aussi mes collègues.

Plus sérieusement. J’entends beaucoup parler du cinéma belge qui se porte bien. Mais qui dit ça ? Qui pense ça ? Pas moi en tous cas.

Certes notre petit pays fait ce qu’il peut pour se ménager une place aux côtés des « grands », ceux qui possèdent encore une industrie dans ce secteur qu’est le cinéma. (Et, par les temps qui courent, une industrie ça devient rare…). Pourtant le doute n’est pas permis, les talents belges sont là ! Les films sortent nombreux. La FWB a soutenu en 2015, à différents stades de leur développement, 51 longs-métrages de fiction, 31 courts-métrages, 47 documentaires…

Je sais que tous ces films n’ont pas des budgets mirobolants. Je respecte les auteurs qui portent à bout de bras leur projet, sans être eux-mêmes rémunérés, et qui se battent pour financer et réaliser leur projet. Je sais qu’il faut soutenir les « petits » films pour garantir une pluralité, mais à quel prix ? Au prix de notre main d’œuvre ! Au prix de notre travail ! De votre travail, du mien, du nôtre. Ce travail qui n’est pas rémunéré à sa juste valeur.

Il y a peu de temps (étrangement), j’ai découvert que, dans notre pays aussi, il existait une Convention Collective de Travail pour notre secteur. La « CCT 303.01, sous-commission paritaire de la production de films » qu’elle s’appelle ! Si vous ne la connaissez pas, je vous invite vivement à la découvrir, vous risquez quelques – mauvaises – surprises.

Car qui respecte ce document ? Quel travailleur en a connaissance ? Quel producteur l’utilise ? Quel syndicat, quelle institution ou quel gouvernement vérifie son application ?

Combien de films belges nommés ce soir ont respecté ne serait-ce que les salaires minimum légaux, pourtant bien en dessous de nos réalités ? Savez-vous que nous travaillons tous bien au-delà des 38 heures/semaine, et qu’on tente de diminuer de 50 à 60% mon salaire ? Ou encore qu’on me dit clairement que les heures supplémentaires ne seront pas payées ?
Combien de techniciens ont dû faire le boulot de deux personnes pour un seul de ces salaires ? Qui vérifie que l’argent des films sert à payer correctement les personnes qui les font ? Et puis vous savez, quand le salaire n’est pas bon, les conditions de travail ne le sont pas non plus. Avez-vous remarqué le nombre croissant d’accidents et de maladies du travail ?

Cela fait tant d’années que je travaille dans ce milieu et pourtant, à chaque nouveau projet, je vois mon revenu baisser. Ou en tous cas j’éprouve la plus grande difficulté à le maintenir. Et puis on argumente que si je ne prends pas le job, quelqu’un d’autre acceptera ces conditions. La concurrence entre travailleurs tend à remplacer le respect du travail bien fait. Travail de qualité qui justement fait la réputation de notre cinéma !

Nous sommes des intermittents, nous sommes habitués aux variations de revenus dans notre carrière. Mais là, les conditions se dégradent. Je peux comprendre qu’un premier film se fasse avec un budget très réduit, et les salaires correspondants. Mais, sous prétexte de maintenir une pluralité, il ne faut pas que le low cost devienne la norme.

En recevant ce prix, je voudrais donc marquer mon soutien à tous mes collègues, comédiens, techniciens, auteurs, jeunes et moins jeunes, qui œuvrent chaque jour pour créer le 7e Art de chez nous. Nous tous permettons aux films célébrés ce soir d’exister, nous travaillons dur pour que ce cinéma rayonne. Et ce sans accès à l’assurance chômage (ni même au mal nommé « statut d’artiste ») pour les jeunes depuis le 1er avril 2014.

Je souhaite que, dans un avenir très proche, nos conditions de travail s’améliorent et que tous ensemble, la fameuse « grande famille du cinéma », nous puissions travailler en harmonie et dans le respect les uns des autres.

Merci. »

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